06 février 2011

N: Souvenirs d'un étranger -2

Arrivé à Plaisir, Nicolas se demanda pourquoi ils avaient décidé de vivre ici. Jamais une ville ne lui a paru si mal porter son nom. Plaisir-Grignon était une gare morbide, même en journée, et rien dans la ville ne semblait accueillant. La ville lui fit une si mauvaise impression, c’était viscéral. Il n’avait qu’une envie, partir au plus vite de cet endroit. Pourtant, ni la gare, ni les immeubles, ni les rues ne lui étaient familier.

Mais plus il se rapprochait de « son » ancien logement, plus la sensation se faisait pressante, voire oppressante. Face à l’immeuble qui avait hébergé sa famille, il ne put retenir un haut le cœur, et resta là, accoudé à un immeuble, à reprendre son souffle. Il ressentait plus qu’un malaise, c’était une impression de terreur. Mais il ne savait pas pourquoi. C’était étrange comme sensation, comme s’il savait avec certitude que cette ville, cette rue, cet appartement était associée au malheur, sans avoir aucune raison de ressentir ça. Mais il savait que si les Verrier avaient disparu, c’était lié à cette maison. Une fois encore, il chercha en lui un souvenir, un écho, une impression de familiarité avec ce lieu. Et encore une fois, rien ne venait. Même son malaise était factice. Cette peur n’était pas personnelle, c’est plutôt comme s’il sentait l’endroit maudit. Oui, comme s’il était dans une maison hantée. Il ressentait bien des souvenirs terribles, mais c’était comme s’il ne s’agissait pas des siens. Comme si tout ça était arrivé à un autre.

Une fois son affolement calmé, il s’approcha doucement de la porte.

Son ancien appartement était au troisième étage de cet immeuble typé année 60. Nicolas regarda d’abord la boîte aux lettres la liste des noms des habitants « Bourgey, Favre, Hann, Grinche… » Ce dernier nom le fit réagir « voilà quelqu’un qui ne doit pas sourire souvent ». Ses pensées s’arrêtèrent net à cette idée. Il ne savait pas pourquoi il avait pensé ça, mais sans qu’il sache pourquoi, cette remarque anodine s’était imposée à lui. Il mit plusieurs secondes à réaliser que ces mots étaient si particuliers, car il les avait en fait entendus. Ces paroles avaient le goût amer du souvenir. Qui avait pu prononcer cette phrase anodine, un sourire aux lèvres ? Serait-ce Sophie ? Se pourrait-il que la famille Grinche habitait déjà ici dix ans auparavant ?
Pour la première fois depuis son réveil, Nicolas réagissait à un nom ; il n’y avait donc pas à hésiter, il sonna rapidement.

Posté par Jalias à 20:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


Commentaires sur N: Souvenirs d'un étranger -2

Nouveau commentaire