25 août 2009

N: Souvenirs d'un étranger -1

     Après l’entrevue avec l’inspecteur, Nicolas – car il avait au moins ce nom – se retrouva bien vite seul, oublié du système. L’hôpital ne voyait aucune raison de le garder encore. Quant à l’inspecteur Ravière, il lui avait trouvé une place dans un foyer, lui enjoignant de s’y reposer quelques jours le temps qu’il en apprenne plus sur son affaire ; tout en sachant pertinemment qu’il n’y mettrait jamais les pieds. Il quitta le poste de police d’Anthony armé d’une seule liste de noms, d’adresses ainsi que de quelques photos fournies par l’inspecteur, et il déambula quelques heures dans les rues de la ville à la recherche d’un bâtiment ou d’un lieu lui rappelant quelques souvenirs. Malheureusement, tout lui restait étranger. Dans le centre-ville, il demanda à quelques commerçants s’ils le connaissaient. Lorsque ceux-ci ne le regardaient pas comme un fou, ils gardaient un visage fermé, grognaient un vague « non » avant de passer au client suivant. Il laissa vite tomber, se disant que de toute façon, la police se chargerait bien de ça. Il alla en périphérie de la ville, et se retrouva bientôt en vue d’un terrain vague, vestige de l’endroit où il s’était réveillé. La police lui avait expliqué que l’immeuble était une des nombreuses résidences étudiantes qui parsemaient la ville. Construites il y a une vingtaine d’années, n’ayant subi aucune rénovation depuis, oubliées par le conseil de ville, elles étaient maintenant dans un état lamentable. Certaines étaient aujourd’hui de telles ruines, inhabitables, que la démolition devenait la seule solution. Nicolas se demanda ce qu’il pouvait bien faire dans cet immeuble branlant. Il était un peu vieux pour se faire passer pour étudiant, alors peut être ça avait un rapport avec sa « fille ». « Elise est née en 92. Elle doit avoir aujourd’hui 17 ans » calcula-t-il. « Se pourrait-il qu’elle soit étudiante ici ? » Il arrêta le fil de ses réflexions en voyant à quel point celui-ci était stérile. Le simple nom de sa fille n’éveillait en lui aucun écho, aucune réminiscence. Il n’avait aucune réponse en lui. A cet instant, il douta amèrement de retrouver la mémoire un jour.

     Néanmoins, son idée fit du chemin dans sa tête, et il se dirigea vers l’université d’Anthony. En fait d’université, c’était un IUFM, un centre de formation pour devenir professeur des écoles. Il se dirigea vers la scolarité et expliqua le plus clairement possible son histoire. La secrétaire en face de lui conserva de bout en bout son regard supérieur et hautain et l’interrompit rapidement pour lui donner les très bonnes raisons qui l’empêchaient de lui dire si oui ou non, une Elise Verrier étudiait ici. Lui ne baissa pas les bras, et insista tant et si bien qu’elle finit par craquer, se disant probablement qu’elle se débarrasserait plus vite de cet emmerdeur si elle appuyait sur quelques touches de son clavier. Avec forces soupirs, elle s’exécuta donc et s’écria : « Voilà ! Aucune Elise Verrier d’enregistrée. » Et devant la mine résignée de Nicolas, elle ne put s’empêcher d’ajouter : « De toute façon, Monsieur, c’est le travail de la police ça ! Laissez-les donc faire ce pourquoi on les paye ! » De retour à l’extérieur, Nicolas se dit que son idée était forcément idiote : les IUFM ne prennent qu’après la licence, et il n’y a aucune chance qu’une enfant de 17 ans soit à ce niveau d’études. Il ne lui vint pas à l’idée de vérifier le nom des enseignants pour voir si l’un d’eux lui disait quelque chose…

     Il se demanda un temps si les résidences étudiantes n’étaient que pour les élèves inscrits à l’IUFM, mais il n’avait aucun moyen de s’en assurer, alors de dépit il laissa tomber cette piste. Il avait reprit sa marche à travers la ville et avisa sur sa route la mairie puis la bibliothèque municipale. Il écarta rapidement la mairie de son esprit : il paraissait impossible qu’il dispose d’un logement à son nom ici – car à quoi bon disparaitre pendant dix ans si c’est pour continuer à utiliser son nom – et l’administration est tellement clinique qu’il ne rencontrerait que défiance. La bibliothèque fut par contre plus attrayante, peut être le reconnaîtrait-on à l’accueil, lui ou sa fille. Il rentra, et s’approcha d’une femme qui avait l’air ouvert et courtois. Il raconta de nouveau son incroyable histoire à son auditrice qui l’écouta sans l’interrompre, et qui, une fois qu’il eu finit, déclara simplement : « Je suis vraiment désolée, mais ni votre visage, ni ceux de votre femme ou de votre fille ne me disent quelque chose. » Puis, elle tapa sur son clavier, avant de reprendre : « Et je n’ai ni Nicolas, ni Sophie, ni Elise Verrier d’inscrit ». Nicolas s’attendait à cette réponse, mais pas à ce qui suivit : « Mais si vous voulez, on a un service de photocopie, si vous avez une affiche avec ces photos, on pourrait en tirer suffisamment d’exemplaire pour les afficher dans la ville. Qui sait ? Peut être quelqu’un vous reconnaitra ? » Nicolas fut ému par cette marque de gentillesse, et comme il n’avait pas préparé d’affiche, et que la bibliothèque allait bientôt fermer, il fut convenu qu’il repasse le surlendemain. Il remercia chaleureusement cette femme et ressorti.

     Il marcha encore un peu dans la ville, mais l’atmosphère morne d’Anthony en fin d’après-midi commençait à lui peser, et puisque dans l’immédiat il n’avait plus rien à y faire, il décida d’aller là où il habitait dix ans plus tôt. Il resquilla à la gare et prit le RER B. Il avait un changement à Massy-Palaiseau et un autre à Versailles-Chantiers pour aller à Plaisir.

Posté par Jalias à 14:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur N: Souvenirs d'un étranger -1

    Choux de Bruxelles

    Pour une fois mon titre a à peu près un sens, parce que mon commentaire va être un commentaire de chieur encore une fois :p.

    En fait, c'est d'un point de vue purement français, j'ai relevé la phrase "Il rentra, et s’approcha d’une femme qui avait l’air ouvert et courtoise." au milieu du troisième paragraphe. Alors je sais que l'accord de l'adjectif après "avoir l'air" suscite toujours de grands débats, moi je dis que c'est un verbe d'état à part entière mais je n'ai rien contre les gens qui disent "elle a l'air idiot" (désolé pour elle d'ailleurs). Le problème c'est que là t'utilises à la fois du féminin et du masculin!!!! J'imagine bien que c'est une faute d'inattention, genre tu cherchais le deuxième adjectif et puis au final tu oublies comment t'as accordé le premier. (Je suis sûr que c'est pas naturel pour toi non plus d'accorder au masculin dans tous les cas :p). Enfin voilà pour ça.

    Encore un petit truc (eh oui :p), c'est à la fin de l'avant-dernier paragraphe, quand tu dis "il fut convenu qu’il repasse après-demain". Comme le récit est au passé, il faudrait plutôt dire "il fut convenu qu’il repasse le surlendemain". Je pense que tu vois où je veux en venir et que tu es d'accord avec moi^^.

    Bref, je vais quand même finir par quelque chose de gentil, c'est que j'ai bien aimé la remarque sur les résidences universitaires, et l'administration en général :p. En tout cas j'ai aimé l'ensemble^^

    Posté par Cédric, 27 août 2009 à 10:44 | | Répondre
  • A l'ami des bons (?) petits plats

    Je devrais t'appeler Oeil de lynx, Cédric!! Effectivement, pour "ouvert et courtoise", il y avait un problème. Je m'en étais rendu compte en le relisant chez moi, mais tu ne m'as pas laisser le temps de corriger! lol
    Ensuite pour la règle d'accord: normalement, me semble-t-il, c'est l'air qui est ouvert et courtois, donc, c'est masculin. Mais, souvent, on féminise en disant que c'est la dame qui est ouverte et courtoise. Bref, comme tu dis, les deux formes sont possibles... mais pas un mix des deux!^^

    Pour l'après demain/surlendemain, je n'y avais pas vraiment réfléchi, mais c'est vrai que le surlendemain paraît plus approprié. Bref, heureusement que tu es là!

    Par contre, les titres des commentaires, c'est pas vraiment ça.... lol

    Posté par Jalias, 27 août 2009 à 13:57 | | Répondre
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