09 juillet 2009

N: Qu'est-ce que...? - 4

Peu après une ambulance était arrivée, l’emmenant à l’hôpital. Lui suivait les infirmiers sans enthousiasme, la tête toujours dans le brouillard. Il avait beau chercher, il n’avait aucun souvenirs de son nom, ni d’aucuns événements avant son « réveil ». L’inquiétude le tenaillait : « Qui était-il ? Qu’est-ce qui pouvait bien lui être arrivé ?... Réfléchis bon sang ! Réfléchis ! » Il avait beau essayer de se concentrer, son esprit restait comateux, comme après un choc. Il était toujours dans cet état absent dans la salle d’examen de l’hôpital Georges Pompidou. Le docteur lui posait des questions qu’il n’entendait pas, le palpait à la recherche de choc. Il y restait insensible. Alors le médecin le secoua gentiment, tout en lui demandant : « Vous m’entendez ? »

Il répondit péniblement : « Oui… Oui… Désolé. » L’autre réagit vivement à cette marque de compréhension : « Pas de problème. Vous avez l’air secoué. Votre corps ne semble pas porter les marques de grands traumas, néanmoins on va prévoir quelques examens pour s’en assurer.

-Ça prendra combien de temps docteur ?

-Pourquoi, vous avez un rendez-vous ? » répondit celui-ci malicieusement.

Il ne put que sourire à cette remarque. C’est idiot, en effet, de garder une telle aversion pour les hôpitaux alors qu’on n’a nulle part ailleurs où aller. Le docteur, qui semblait comprendre le cheminement de ses pensées, reprit : « Ne vous inquiétez pas trop. La police a été prévenue, je suis sûr qu’elle trouvera rapidement qui vous êtes. En attendant, vous restez ici cette nuit en observation. Vous n’êtes pas seul. »

 

Pas seul… Facile à dire ! Pourtant c’est bien la solitude qui l’assaille dans le noir de sa chambre d’hôpital. Seul avec ses pensées. Sans certitudes, avec rien pour le rassurer. Rien pour apaiser ses doutes et ses peurs. Face au désespoir absolu, il ne reste que l’hébétude. Et c’est dans cet état que passent les jours suivants. Un état d’indifférence grandissant, perturbé par les examens médicaux, les entrevues avec les médecins et psychiatres, et celles avec la police. Ces événements sont nappés d’un brouillard que seul un nom peut lever : « Nicolas Verrier ».

 

-Pardon ?

-C’est votre nom. En tout cas, vous ressemblez étrangement à la photo de cet homme disparu » repartit l’inspecteur assis face à lui. Accompagné de ces mots, une photographie de lui, mais en bien plus jeune. L’inspecteur reprit : « Nicolas Verrier, né le 3 novembre 1973, porté disparu le 3 novembre 1999…

-1999 ? ça fait dix ans ?

-Oui… une longue absence n’est-ce pas ? » L’inspecteur prit une pause, avant de reprendre : « Ecoutez, vous n’avez vraiment aucuns souvenirs de ces dix dernières années ? C’est important.

-Non… Mais les médecins disent que si j’entre en contact avec des gens qui m’ont connu, ça pourrait m’aider à retrouver la mémoire…

A ces mots, la mine du policier s’assombrit.

-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Les mots suivants furent difficiles et pour le policier, et pour lui.

-Nicolas Verrier, porté disparu ainsi que sa femme, Sophie Verrier, née Hamont, date de naissance 17 octobre 1975 et leur fille Elise, née le 14 juin 1992… Vous ne vous rappelez vraiment de rien ?

-Aucun souvenir… Et… et le pire… le pire, c’est que ces noms, et les photos qui les accompagnent… ces noms ne me disent rien…

Il prit sa tête dans ses mains, étouffant des sanglots de douleur pure…

-Je suis vraiment désolé…répondit sobrement le policier.

Quand il se sentit la voix plus assurée, il demanda :

« -Qui ?... Qui a déclaré ma disparition ?

-Vos parents. Victor et Annette Verrier. J’ai bien entendu essayé de les joindre… mais malheureusement… ils sont décédés.

-Décédés ?

-Oui, je n’ai pas eu de détails. Mais il semble, d’après une voisine, que votre père soit mort à l’hôpital en 2003, et votre mère l’année dernière…

-C’est… et ses parents à elle ?

-Les parents de Sophie Verrier sont morts en 1987 d’un accident de voiture…

-C’est… c’est pas possible… Des amis, des collègues de bureau ? … n’importe quoi !

-Collègues de bureau ? C’est intéressant… Effectivement, votre travail était dans un bureau. Cadre pour la société Evidex, spécialisée dans la vente par correspondance… Fermée en 2004. Quant aux amis, je n’ai pas encore réussi à joindre les personnes nommées dans votre dossier.

-J’y crois pas… Vous n’avez trouvé personne? Personne pour confirmer qui je suis ?

-Non… Et avec votre amnésie, les événements liés à votre disparition restent un mystère.

Un silence lourd suivit. Il, « Nicolas », était plongé dans ses pensées. Au bout d’un temps très long, il énonça : « Alors, le destin me donne un nom mais me retire définitivement mon identité… »

Posté par Jalias à 22:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


Commentaires sur N: Qu'est-ce que...? - 4

Nouveau commentaire